Contexte et objectifs du RGA-2
Le secteur agricole occupe une place centrale dans l'économie et la société de l'Union des Comores. Il constitue la principale source de subsistance pour une large majorité de la population, contribue significativement au PIB national et assure la sécurité alimentaire du pays.
Le précédent recensement agricole remontant à 2004, le RGA-2 vient combler plus de vingt ans d'absence de données structurelles fiables. L'INSEED, en collaboration avec la Direction Nationale de la Stratégie Agricole et de l'Élevage (DNSAE), avec l'appui technique de la FAO et le financement de la Banque mondiale, a conduit ce deuxième recensement au cours de la campagne agricole 2023–2024, sur l'ensemble des trois îles de l'Union des Comores.
Le RGA-2 fournit pour la première fois depuis 21 ans une base de données statistique exhaustive et actualisée sur la structure de l'agriculture comorienne, destinée à orienter les politiques agricoles, la planification du développement rural et le suivi des engagements nationaux et internationaux (ODD, Vision 2030).
Exploitations agricoles recensées
↑ +32,4 % vs 2004Part des ménages pratiquant l'agriculture
Personnes dans des ménages agricoles
Terres agricoles totales
Structure des exploitations agricoles
Objectif de production :77 % des exploitations familiales produisent principalement pour l'autoconsommation, contre 23 % orientées vers la vente. Mohéli affiche la propension marchande la plus élevée (32 %), signalant un potentiel de commercialisation plus affirmé.
Figure 1 — Répartition des exploitations agricoles familiales par île
Profil des exploitants agricoles
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Gestion individuelle dominante
62 % des exploitations sont gérées par une seule personne civile, 37 % par un groupe de coexploitants, et seulement 1 % par un régisseur salarié.
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Formation agricole faible
Seuls 24 % des exploitants ont bénéficié d'un enseignement secondaire agricole et moins de 8 % d'une formation supérieure spécialisée. 38 % n'ont jamais été scolarisés.
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Diversification des revenus
46 % des exploitations exercent une activité non agricole (commerce, services, transport), illustrant une stratégie de réduction de la vulnérabilité économique.
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Inclusion financière en progression
41 % des actifs agricoles disposent d'un compte bancaire. 40 % utilisent le Mobile Money, levier d'inclusion financière particulièrement important à Mohéli et Anjouan.
Population et main-d'œuvre agricole
Le RGA-2 recense 430 369 personnes vivant dans des ménages agricoles. La répartition par sexe est quasi paritaire (50,1 % d'hommes, 49,9 % de femmes). La population agricole est jeune : les moins de 15 ans représentent 39 % du total, constituant un important potentiel de renouvellement générationnel.
La main-d'œuvre agricole compte 138 723 actifs, dont 55 % d'hommes et 45 % de femmes. 68 % considèrent l'agriculture comme leur activité principale. Environ 48 % travaillent à temps plein, et 52 % à temps partiel, combinant agriculture et autres occupations.
Personnes vivant dans des ménages agricoles
Actifs agricoles
Pour qui l'agriculture est l'activité principale
Travaillant à temps plein
La pyramide des âges de la population agricole présente une large base : les moins de 15 ans représentent 39 %. Ce potentiel de renouvellement générationnel nécessite des politiques ciblées d'accès des jeunes à la terre, à la formation et aux opportunités économiques.
Figure 2 — Répartition des actifs agricoles par tranche d'âge (%)
Terres agricoles
La taille moyenne des exploitations aux Comores est très réduite : 0,40 ha en moyenne. Environ 85 % des exploitations travaillent sur moins d'1 hectare. 15 % ne disposent d'aucune terre, se consacrant uniquement à l'élevage.
À l'échelle nationale, les Comores comptent 89 282 ha de terres agricoles. Ngazidja concentre près de la moitié (44 561 ha, 50 %), suivie d'Anjouan (37 191 ha, 42 %) et de Mohéli (7 531 ha, 8 %). Durant la campagne 2023/2024, 56 576 ha (64 %) ont été cultivés, dont 57 % en cultures temporaires et 7 % en cultures permanentes.
Terres agricoles totales
Superficie moyenne par exploitation
Exploitations de moins d'1 ha
Terres cultivées (56 576 ha)
Terres en jachère (31 519 ha)
La fragmentation extrême du foncier (85 % des exploitations sur moins d'1 ha) constitue un frein structurel à la modernisation agricole. Elle limite les économies d'échelle, l'investissement en équipements et l'adoption des bonnes pratiques agronomiques.
Figure 3 — Utilisation des terres agricoles — campagne 2023/2024 (%)
Source : RGA-2, 2025, INSEED
Production végétale
La production agricole est dominée par les cultures vivrières. Le bananier arrive en tête avec 72 809 tonnes, suivi du manioc (59 149 t) et de la patate douce (11 684 t). Pour les cultures de rente, la vanille (2 442 t), le girofle (2 178 t) et l'ylang-ylang (355 t) sont les principales productions d'exportation.
Les rendements varient fortement selon les cultures : le manguier domine avec 17,1 t/ha, tandis que la laitue (8,5 t/ha) et le concombre (8,3 t/ha) affichent les rendements maraîchers les plus élevés.
Production de banane (1ère culture vivrière)
Production de manioc (2ème culture vivrière)
Vanille (1ère culture de rente)
Terres fertilisées (sur terres cultivées)
Producteurs utilisant des phytosanitaires
Seulement 10 % des producteurs végétaux ont recours aux produits phytosanitaires et 20 % des terres cultivées ont été fertilisées. Parmi celles-ci, 54 % avec des engrais organiques, 29 % avec des engrais minéraux, et 17 % par une combinaison des deux. Ces chiffres illustrent le faible niveau d'intensification agricole.
Figure 4 — Production des principales cultures (tonnes) — campagne 2023/2024
Élevage
Le RGA-2 recense 49 679 exploitations engagées dans la production animale, soit 67 % de l'ensemble des exploitations agricoles. Anjouan concentre la majorité du cheptel (29 322 exploitations éleveurs). L'élevage caprin domine en nombre d'exploitations (29 635), mais les volailles représentent le cheptel le plus important (270 571 têtes).
Exploitations pratiquant l'élevage
Part des exploitations avec élevage
Têtes de volailles (1er cheptel)
Têtes de caprins
Têtes de bovins
Figure 5 — Effectif du cheptel par espèce
Pêche et aquaculture
🎣
15 % des ménages agricoles
10 882 ménages agricoles comptent au moins un membre pratiquant la pêche, soit 15 % au niveau national. Cette activité est fortement masculinisée.
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Activité complémentaire
La pêche est principalement exercée en complément de l'agriculture. Elle constitue un filet de sécurité alimentaire et économique pour les ménages côtiers des trois îles.
Contraintes du développement agricole
Les exploitants agricoles comoriens font face à des contraintes structurelles multiples. L'insécurité foncière et le manque de moyens financiers arrivent en tête, reflétant la fragilité économique du secteur. Le changement climatique (23 %) et les ravageurs (22 %) représentent des menaces émergentes croissantes.
Insécurité foncière (49 %)
Première contrainte citée par les ménages agricoles. La précarité des droits sur les terres limite les investissements à long terme et la gestion durable des ressources.
Manque de moyens financiers (45 %)
L'accès au crédit agricole formel reste très limité. La majorité des ménages ne disposent pas de garanties suffisantes pour accéder aux prêts des institutions financières.
Insuffisance de matériels (40 %)
Le déficit en équipements agricoles (outils, machines, systèmes d'irrigation) contraint la productivité et freine la modernisation du secteur.
Rareté des semences améliorées (38 %)
Le faible accès aux semences de qualité limite les rendements et la diversification des cultures, particulièrement en dehors des zones urbaines.
L'insécurité foncière (49 %), le manque de moyens financiers (45 %) et l'insuffisance de matériels (40 %) constituent les trois principales contraintes structurelles. Ces résultats appellent des politiques ciblées en matière d'accès au foncier, au crédit agricole et à la mécanisation agricole.
Figure 6 — Principales contraintes citées par les ménages agricoles (%)
Méthodologie et plan de collecte
| Zone | Plan d'échantillonnage | Entretiens réussis | Taux de couverture |
|---|---|---|---|
| Niveau national | 73 818 | 11 454 | 15 % (sondage) |
| Ngazidja | 27 930 | 4 190 | 15 % |
| Anjouan | 39 121 | 5 868 | 15 % |
| Mohéli | 6 915 | 1 037 | 15 % |
| Non familiales | 148 | 148 | 100 % (exhaustif) |
Taux de sondage de 15 % pour les exploitations familiales, avec au plus 12 ménages par zone de dénombrement (ZD). Les 148 exploitations non familiales ont été recensées de manière exhaustive.
Définitions des principaux concepts
Exploitation agricole
Unité de production engagée dans des activités agricoles, d'élevage, de pêche, d'aquaculture et/ou de sylviculture. Dans le contexte comorien, elle correspond généralement à un ménage agricole.
Exploitant agricole
Personne civile, groupe de personnes civiles ou personne morale qui prend les grandes décisions concernant l'utilisation des ressources et exerce un contrôle de gestion sur l'exploitation.
Actif agricole
Membre du ménage ayant travaillé dans l'exploitation au cours des 12 derniers mois, que ce soit à titre d'activité principale ou secondaire.
Campagne agricole
Période de référence pour la production végétale : décembre 2023 – novembre 2024. Pour la production animale : mai 2024 – avril 2025.
Zone de dénombrement
Unité géographique de base de la collecte. Le RGA-2 a couvert 964 zones de dénombrement sur l'ensemble du territoire national.
RGA (Recensement Général de l'Agriculture)
Opération statistique de collecte exhaustive sur la structure de l'agriculture, couvrant les sous-secteurs agriculture, élevage, aquaculture et pêche. Le précédent RGA aux Comores date de 2004.
Auteur(s)
INSEED — Institut National de la Statistique et des Études Économiques et Démographiques
Avec l'appui de
FAO · Banque mondiale (FSRP) · Ministère de l'Agriculture, de la Pêche et de l'Artisanat