Contexte et justification
L'Union des Comores, petit État insulaire en développement, fait face à des contraintes structurelles importantes, notamment une forte dépendance aux importations, une économie peu diversifiée et une vulnérabilité accrue aux chocs externes. Le tissu économique est dominé par des activités à faible productivité, en particulier dans le secteur agricole et informel, qui constitue la principale source de subsistance pour une grande partie de la population.
Au cours des dernières années, l'économie comorienne a été affectée par plusieurs chocs successifs, notamment le cyclone Kenneth en 2019, la pandémie de COVID-19, ainsi que les perturbations récentes des chaînes d'approvisionnement internationales. Ces facteurs ont eu des répercussions significatives sur les conditions de vie des ménages, notamment à travers l'augmentation des prix des produits de consommation et la dégradation du pouvoir d'achat.
Dans ce contexte, l'EHCVM 2024 — réalisée par l'INSEED avec l'appui technique et financier de la Banque mondiale à travers le projet de statistiques régionales de la SADC — s'inscrit dans cette dynamique. L'enquête a été conduite sur l'ensemble du territoire national entre mai et novembre 2024, auprès de 5 487 ménages, avec un dispositif méthodologique renforcé garantissant la qualité et la représentativité des données.
L'incidence de la pauvreté a enregistré une baisse globale entre 2020 et 2024
En 2024, le taux de pauvreté au niveau national est estimé à 46,1 %, ce qui signifie que près d'une personne sur deux vit en dessous du seuil national de pauvreté. Toutefois, en utilisant une méthodologie harmonisée entre 2020 et 2024, les résultats indiquent que la pauvreté a diminué de 51,3 % en 2020 à 46,1 % en 2024, soit une baisse de 5,2 points de pourcentage.
Source : EHCVM 2024, INSEED
Taux de pauvreté national (2024)
↓ 5,2 pts vs 2020Profondeur de la pauvreté
Sévérité de la pauvreté
La pauvreté reste modérément profonde : de nombreux ménages se situent juste en dessous du seuil. Cela implique qu'une amélioration relativement modeste des revenus ou de l'accès aux services pourrait permettre à une part importante de la population de sortir de la pauvreté
Une répartition inégale de la pauvreté sur le territoire
La pauvreté aux Comores présente de fortes disparités selon les îles et les zones de résidence. Ndzuwani et Mwali concentrent les niveaux de pauvreté les plus élevés, avec plus de la moitié de la population vivant sous le seuil de pauvreté.
Ngazidja (hors Moroni)
35,6%
Niveau le plus bas
Moroni
40,7%
Capitale
Ndzuwani
55,2%
+2,7 pts vs 2020
Mwali
57,0%
+15,2 pts vs 2020
Zones urbaines
41,1%
+0,6 pt vs 2020
Zones rurales
48,3%
−8,0 pts vs 2020
Évolution de la pauvreté entre 2020 et 2024
Le taux de pauvreté national a baissé de 5,2 points de pourcentage entre 2020 et 2024. La réduction a été principalement impulsée par le milieu rural, tandis que les zones urbaines ont connu une quasi-stagnation.
Source : EHCVM 2024 ; EHCVM 2020, INSEED
Dynamiques contrastées : Ngazidja (hors Moroni) enregistre une forte baisse (−17,5 pts), tandis que Mwali connaît une hausse importante (+15,2 pts) et Ndzuwani une légère hausse (+2,7 pts). En milieu rural, la pauvreté recule significativement de 56,3 % à 48,3 % (−8,0 pts).
Inégalités de consommation
L'indice de Gini, qui mesure les inégalités de consommation entre les ménages, affiche une réduction significative entre 2020 et 2024, traduisant un resserrement des écarts de niveau de vie.
2020
34.2
Indice de Gini
2024
30.3
Indice de Gini
↓ 3.9 ptsDécomposition de la baisse de la pauvreté (2020–2024)
La baisse de la pauvreté observée entre 2020 et 2024 s'explique principalement par la croissance de la consommation des ménages, qui constitue le principal facteur de réduction. Toutefois, la réduction des inégalités a également contribué de manière significative à cette amélioration.
Effet croissance (dominant)
La croissance de la consommation constitue le moteur principal de la réduction de la pauvreté sur la période 2020–2024.
Effet redistribution (complémentaire)
La réduction des inégalités joue un rôle complémentaire non négligeable dans l'amélioration du bien-être collectif.
L'analyse de la croissance de la consommation par percentile montre que les ménages les plus pauvres ont enregistré les gains les plus importants (croissance pro-pauvres), tandis que les 10 % les plus riches ont connu une stagnation voire une baisse de leur niveau de consommation.
NB : La décomposition repose sur la méthode de Datt-Ravallion, qui permet de mesurer dans quelle mesure les changements dans la pauvreté totale peuvent être attribués à la croissance de la consommation et à la redistribution.
Transferts de fonds et inégalités
Les transferts de fonds internationaux contribuent à la réduction du taux de pauvreté, mais leur impact sur les inégalités reste limité en raison de leur concentration chez les ménages les mieux dotés.
Hausse simulée du taux de pauvreté en 2020 sans transferts de fonds
Hausse simulée du taux de pauvreté en 2024 sans transferts de fonds
Impact des transferts sur l'indice de Gini (quasi nul)
Malgré leur rôle en tant que mécanisme de soutien aux revenus, les transferts de fonds ne constituent pas un levier suffisamment ciblé pour réduire significativement les inégalités.
Marché du travail et pauvreté
Les individus pauvres présentent une plus faible participation au marché du travail, caractérisée par une proportion plus élevée d'inactifs, notamment parmi les femmes.
Questions fréquemment posées
Méthodologie et échantillonnage
L'EHCVM 2024 a été réalisée aux Comores de mai à novembre 2024 avec le soutien financier de la composante comorienne du projet statistique régional de la SADC de la Banque mondiale. Elle adopte le même questionnaire qu'en 2020, basé sur le cadre harmonisé UEMOA, et couvre les 3 îles selon un plan d'échantillonnage stratifié en 7 strates.
| Zone | Plan d'échantillonnage | Entretiens réussis | Taux de couverture |
|---|---|---|---|
| Niveau national | 5 700 | 5 487 | 96,2 % |
| Ngazidja | 3 015 | 2 857 | 94,7 % |
| Ndzuwani | 2 385 | 2 326 | 97,5 % |
| Mwali | 300 | 299 | 99,7 % |
| Zones urbaines | 1 935 | 1 858 | 94,6 % |
| Zone rurale | 3 735 | 3 624 | 97,0 % |
Tous les taux de couverture sont supérieurs au minimum recommandé de 90 %.
Définitions des principaux indicateurs
Taux de pauvreté monétaire (P0)
Proportion de la population dont la consommation totale annuelle par personne est inférieure au seuil national de pauvreté, corrigé des différences spatiales de prix entre les îles.
Profondeur de la pauvreté (P1)
Distance moyenne entre la dépense de consommation des personnes pauvres et le seuil de pauvreté. Indique l'intensité de la pauvreté.
Sévérité de la pauvreté (P2)
Évalue l'inégalité entre les personnes pauvres en accordant davantage de poids aux ménages les plus pauvres parmi les pauvres.
Indice de Gini
Indicateur synthétique mesurant les inégalités de consommation ou de revenu. Il varie de 0 (égalité parfaite) à 1 (inégalité extrême). Plus l'indice est élevé, plus les inégalités sont fortes.
Auteur(s)
Hamidou Said Ounais — Économiste-statisticien, INSEED
Avec l'appui de
Hillary C. Johnson, Banque mondiale